Les cinq doigts de la main. Isabelle Ignace

1 year ago by in Paris Ile-de-France Tagged: ,

isabelle-ignaceSe réassocier pour mieux se dissocier

 

L’induction, « antisèche » de l’hypno-praticien

L’induction hypnotique est le chemin qui mène à l’état d’hypnose. Proposer une induction nécessite de mettre en place une relation thérapeutique de qualité, un lien fort, parfois un peu « magique » entre le praticien et le patient. Entre la prise de contact avec le patient, l’induction, les suggestions, la dissociation, le maintien dans la dissociation lors d’un soin ou d’une transe hypnotique, l’induction est la proposition la plus aisée à proposer au patient lorsque l’empathie thérapeutique a été favorablement instaurée. Pour autant, toutes les situations ne nécessitent pas de propositions d’induction « formelles ». C’est par exemple le cas des situations d’urgences. Le patient, dominé par sa peur ou sa douleur, se trouve déjà dans un état de conscience modifié. L’enjeu du praticien consiste alors à rendre au patient un état d’hypnose positif pour lui permettre de reprendre le contrôle de ses émotions.

Il arrive aussi que le patient soit déjà prêt à entrer en transe hypnotique dès sa rencontre avec le praticien. Mûr pour que celle-ci soit propice au changement, il n’est pas nécessaire de lui proposer une induction hypnotique. Dans la plupart des situations, cependant, le praticien doit bien proposer quelque chose pour commencer la séance. L’induction hypnotique formelle se révèle alors un outil relativement efficace, et constitue une trame intérieure solide, qu’il s’agisse d’une démarche thérapeutique ou d’un soin. J’aime à dire qu’elle constitue une bonne « antisèche » pour l’hypno-praticien.

L’induction hypnotique par les sens

La plupart des inductions s’appuient directement sur les cinq sens : visuel, auditif, kinesthésique, olfactif et gustatif. Dans le meilleur des cas, le praticien essaiera d’en mobiliser le plus possible. Car même si le patient a souvent tendance à n’en privilégier qu’un seul, il utilise l’ensemble de sa palette sensitive au quotidien. Dans la plupart des situations, le praticien propose donc la mobilisation d’au moins trois d’entre eux – visuel, auditif, kinesthésique – en association avec la respiration. Cette dernière devient alors un tremplin vers la transe hypnotique, permettant à l’imaginaire, les suggestions, les souvenirs et l’inconscient de prendre, petit à petit, le pas sur les éléments de conscience corporelle. Puis lorsque le patient aura atteint la transe hypnotique, les cinq sens seront souvent repris, de manière à solidifier l’accès à l’inconscient.

Quelques ingrédients pour une recette hypnotique : la technique des cinq doigts de la main

Voici quelques éléments d’induction, qui – selon mon expérience – font les ingrédients d’une recette de transe hypnotique. Il s’agit des éléments corporels liés aux cinq sens et à la respiration. Ils peuvent être utilisés de façon plus ou moins marquée en fonction des situations mais aussi en fonction du temps dont disposent le praticien et le patient. J’ai nommé cette technique : « les cinq doigts de la main », chaque doigt correspondant à la mobilisation d’un nouvel ingrédient.

1- Visuel
Que le patient ait les yeux ouverts (notamment pour un enfant ou pour certains patients ayant besoin de pouvoir contrôler leur environnement)ou fermés, calmer le regard est indispensable. C’est un moyen de canaliser son attention, mais c’est surtout la condition sine qua none pour lui permettre d’entrer en relation avec ses autres sens, puis avec lui-même, pour un travail plus inconscient.

2- Auditif
Il est souvent difficile de faire abstraction des sons environnants. L’hypno-thérapeute aura donc tout intérêt à les utiliser pour permettre au patient de mieux s’en éloigner. Si certains sons se révèlent toutefois trop gênants, le patient peut s’aider de musique ou de toute autre chose qui pourra lui permettre de saturer positivement ce sens-là.

3- Kinesthésique
Accompagner le patient dans un recentrage sur son corps va lui permettre de potentiellement se détendre, ou du moins de mieux se ressentir dans le moment présent.

3 bis (optionnel)- Olfactif et gustatif
L’olfactif est un sens extrêmement puissant, tout comme le gustatif. Prendre conscience des odeurs environnantes ou du goût présent en bouche, est également un moyen de ramener le patient en présence. Si ces ressentis le gênent, il est possible de lui proposer de les remplacer. Il est en effet compréhensible que l’on préfère respirer un parfum familier plutôt qu’une odeur d’hôpital.

4- La respiration
La respiration est l’outil clé de l’induction. C’est elle qui permet d’atteindre la transe hypnotique. Mais cela peut prendre plus ou moins de temps selon les patients et les situations.

5- L’accès à l’imaginaire
L’induction par les quatre premiers doigts de la main, n’a pas pour objectif de créer d’emblée une dissociation chez le patient, mais elle lui permet au contraire une forme de réassociation. Le cinquième doigt dela main, l’imaginaire, est le coeur du travail thérapeutique. Passer par ces quatre premières étapes est une façon d’avoir toute la disponibilité pour effectuer ce grand voyage intérieur que l’on nomme « transe hypnotique ». Là s’ouvre seulement le chemin de l’imaginaire et de la dissociation. Sur la base de ces différents ingrédients, une approche minimaliste pourrait donc donner la trame suivante :

« Vous pouvez choisir de poser votre regard en face de vous ou de fermer les yeux (1-visuel), puis vous pouvez choisir d’écouter les sons qui vous entourent ou le son de votre respiration (2-auditif), peut-être un peu les deux. Maintenant,
vous pouvez sentir vos pieds au sol, bien ancrés (3-kinesthésique), puis respirez en sentant le souffle de l’air dans les narines (4-respiration) et juste en comptant ou avec un mot qui vous fait du bien (tranquille, libre…), voilà, vous retrouver dans… (5-Imaginaire). » La suite dépend des objectifs communs déterminés avec le patient.

Voici quelques exemples d’autres inductions reprenant, toutes, les mêmes ingrédients que la technique des cinq doigts de la main, sous différentes propositions.

La respiration et la couleur pour un enfant lors d’un soin

Hypnothérapeute : Pendant qu’on va te faire le soin, pour qu’il passe plus vite, je te propose de te concentrer sur ta respiration et puis sur une couleur. Tu es d’accord ? Est-ce qu’il y a une couleur que tu aimes bien ?

Annie : Oui, le mauve.Hypnothérapeute : C’est ta couleur préférée, le mauve. Ah oui, super ! Si tu le veux bien, mon amie va faire ce qu’elle a à faire (le soin), et pour que ça se passe encore plus vite, nous allons nous concentrer ensemble sur ta respiration, tu veux bien ?

Signe de tête positif.

Tu préfères garder les yeux ouverts ou tu préfères fermer les yeux ?
(Haussement d’épaules interrogateur.)

Je te propose de poser ton regard, comme quand on est un peu rêveur, puis ensuite de décider si tu préfères garder tes yeux ainsi ou bien si tu préfères les fermer ? (Ingrédient n°1 – visuel). A tout moment tu peux changer d’avis. Et puis tranquillement, il faut aussi que tu me dises si tu veux que l’on te prévienne quand on fait le soin.

Signe de tête négatif.

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HS9-110

Psychiatre-Psychothérapeute.
Activité libérale de psychothérapie au Centre Interdisciplinaire
de Thérapie Intégrative (Rézé, 44).
Ancien Président de la Confédération Francophone d’Hypnose et de Thérapies Brèves (CFHTB).
Conférencier international, superviseur.
Rédacteur en chef de la revue « Hypnose & Thérapies brèves ».

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