Enseigner la relation thérapeutique. Antoine Bioy

6 months ago by in Est, Revue Tagged: , ,

A priori, il n’est pas besoin de convaincre le lecteur de ce numéro spécial de l’importance de la relation, qu’il s’agisse de celle mobilisée par le cadre hypnotique ou dans d’autres pratiques.

Et il ne faudrait pas se pousser beaucoup pour dire que la relation constitue l’essentiel lorsque l’on aborde la question des effets thérapeutiques, guidant vers l’endroit où se pose le levier du changement. Pour autant, la relation n’est pas un thème aisé : il ne s’agit pas d’une simple rencontre, ni d’une improvisation de circonstance. La déontologie pousse à envisager comment l’apprendre, à l’apprivoiser et à travailler sa posture de façon conscientisée avant qu’elle ne soit intériorisée et « simplement là » en entretien. Faute de quoi la relation est limitée à ses aspects techniques, à la « course aux scripts » pour bien faire, et le suivi livré à l’aveuglement du praticien quant à son propre principe d’influence, alors même qu’il s’agit d’une fonction essentielle du professionnel usant d’une méthode de nature psychologique et relationnelle telle que l’hypnose.

Alors où et comment travailler la relation ? Cet article explore la façon dont elle a pris place dans une université française (Université de Bourgogne, Dijon), en cycle de Psychologie.

Importance de l’alliance thérapeutique

Toute approche thérapeutique possède à la fois des facteurs spécifiques, mais aussi des facteurs communs comme l’impact des caractéristiques de personnalité du patient comme du thérapeute sur le déroulé des suivis. Parmi ces facteurs communs, celui qui possède l’influence la plus élevée dans les effets obtenus est la notion d’alliance thérapeutique. Elle peut se définir comme la coopération, le partenariat, entre le patient et le thérapeute dans le but d’accomplir les objectifs fixés lors d’une rencontre temporaire. Elle ne se décide pas, elle est en fait la conséquence d’un travail thérapeutique adéquat (Despland et al., 2006). C’est au travers de ce concept que l’on comprend le mieux la dynamique des suivis et la façon dont s’organisent les effets. Jusqu’à une période proche, la notion d’alliance thérapeutique était présente dans les manuels d’hypnose comme étant une notion importante, mais n’avait pas été étudiée scientifiquement. Nous avons engagé une ligne de recherches à ce propos1 qui montre notamment que la dynamique de l’alliance dans les premières séances d’hypnothérapie relève plus de facteurs d’ajustement du praticien vis-a -vis de son patient que d’une évolution du patient au cours des premières séances. C’est parce que le praticien « bouge » que le patient va « bouger », ce qui rejoint les conclusions de recherches précédentes, notamment en psychologie humaniste (Bioy et Servillat, 2017 ; Santarpia, 2016) et aussi en psychologie psychodynamique (de Roten et al., 2006). Cette dynamique n’est pas fonction de l’utilisation de l’hypnose (classique ou conversationnelle), mais son usage en séance accentue le sentiment d’un travail vers l’objectif en congruence avec la forme de travail « attendu ». Le sentiment d’être compris et apprécié est plus important lorsque l’hypnose est employée. L’évocation ou la prescription de l’auto-hypnose n’ayant pas d’incidence sur la dynamique d’alliance.

C’est Elisabeth Zetzel qui fut la première à affirmer véritablement que l’alliance thérapeutique est essentielle à l’efficacité de n’importe quelle intervention thérapeutique. Elle a montré que l’alliance est dépendante de la capacité fondamentale à former une relation de confiance stable ; capacité enracinée dans les relations précoces entre le bébé et sa mère, et en partie aussi entre le bébé et le père. Si le climat nécessaire à la relation thérapeutique n’est pas présent du fait de carences dans le développement, alors Zetzel propose qu’avant tout, le thérapeute travaille avec son patient une relation de support dont l’objectif est le développement d’une alliance (de la même façon que la mère fournit un environnement maternel approprié pour faciliter le développement d’un sentiment de confiance fondamental). Là aussi, nous avons ouvert une ligne de recherches pour prolonger ces travaux dans le champ de l’hypnose qui confirment dans les premiers résultats les liens entre attachements précoces et l’engagement à la fois dans la situation hypnotique et dans la relation au praticien. De ce fait, et pour notre part en pratique psychothérapeutique par hypnose, nous avons toujours un regard pour cette qualité d’attachement et l’incidence que cela peut avoir dans l’engagement thérapeutique du patient. Lorsque la qualité d’attachement demande à être travaillée, nous y consacrons les premiers rendez-vous à la fois pour favoriser le déploiement d’une hypnose dans un cadre sécure, en même temps bien sûr que ce travail est déjà de nature thérapeutique en soi, puisque travaillant le rapport au monde du patient. Ce travail particulier se fait selon une approche perceptive proche de celle de François Roustang, intégrant une directivité assumée pour « cadrer » l’expérience du patient au plus proche, avant d’offrir un espace d’investissement plus autonome des sensations et ressentis attenants aux différents percepts.

ANTOINE BIOY

Professeur des universités, responsable du « Master de psychologie » de l’Université de Bourgogne ainsi que du M2Pro « psychopathologie clinique, psychologie médicale et psychothérapies ». Il pratique l’hypnose et l’enseigne tant dans les cycles d’enseignements initiaux (les masters en question), que dans les cycles d’enseignements continus (diplôme universitaire « hypnothérapie » et diplôme inter-universitaire « hypnose médicale et clinique », qu’il dirige) et dans les formations professionnelles (divers instituts privés).

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Laurent Gross

Hypnothérapeute à Paris, Titulaire du Certificat Européen d’Hypnose (ESH)
Président du Collège d’Hypnose Ericksonienne de Paris
Psychothérapeute
Superviseur Certifié EMDR-IMO
Kinésithérapeute D.E, Certifié en Ostéopathie