La méthode d’Elman ou hypnose éricksonienne directe

1 year ago by in Normandie, Ouest Tagged: , , ,

xavier-peninPar Xavier PENIN

Mise en parallèle de deux approches différentes. Rien de tel pour stimuler notre regard afin de découvrir différences et analogies !

Il est intéressant de mettre en parallèle Dave Elman et Milton H. Erickson. Les deux sont américains. Le premier est né en 1900, un an avant le second. Tous deux ont pratiqué et enseigné l’hypnose toute leur vie. Dave Elman, fils d’un modeste fabricant de perruques du Midwest, est devenu orphelin très tôt avec ses sept frères et soeurs. La maladie et l’agonie de son père atteint d’un cancer furent sa première expérience de l’hypnose. A cette époque où il n’existait pratiquement aucune prise en charge de la douleur. Seul un hypnotiseur de spectacle, ami de la famille, a pu soulager son père pendant les derniers stades de la maladie. Après cette épreuve, et malgré son jeune âge, le jeune Dave dut commencer à travailler. Ses multiples dons artistiques et musicaux le conduisirent à jouer dans des « vaudevilles ». Ce type de spectacles très en vogue à l’époque regroupait des petites saynètes dans lesquelles se succédaient des musiciens, danseurs, acrobates, comiques… Le jeune Elman y faisait de la musique (violon et saxophone) et de l’hypnose de spectacle ! A vingt ans il quitta le Midwest pour New York et abandonna l’hypnose de scène pour une carrière d’animateur radio, tout en continuant à se passionner pour l’hypnose. Vers cinquante ans, ce fut à la demande d’amis médecins et dentistes impressionnés par ses talents qu’il commença à enseigner l’hypnosemédicale à travers tous les Etats-Unis, jusqu’à l’accident cardiaque qui le conduira à commencer l’écriture de son livre.

Nous avons donc d’une part l’orphelin d’un perruquier, obligé de travailler très jeune et sans formation universitaire, et d’autre part Milton H. Erickson, un médecin psychiatre issu d’une famille de propriétaires fonciers, formé puis soutenu par l’élite de la psychologie américaine, fondateur de plusieurs sociétés scientifiques. Le premier a dû lutter pour sa survie et obtenir des résultats rapides, tandis que le second a dû dominer la maladie pour commencer ses études médicales.
Ces deux personnalités se sont construites dans des environnements presque opposés et pourtant quand on regarde dans le détail leurs conceptions de l’hypnose, on remarque de grandes similitudes. Hypnotherapy, le livre-testament de Dave Elman, a été écrit en 1963 après une longue carrière d’enseignement de l’hypnose médicale. Un best-seller dans ce domaine, toujours disponible aujourd’hui. Ce succès non démenti pendant plus de cinquante ans s’explique en trois mots :
rapidité, efficacité, clarté.

– La rapidité était pour lui le point essentiel, considérant que pour donner à l’hypnose une place importante en médecine et en dentisterie, « elle doit être accessible presque immédiatement. Si on ne peut pas utiliser l’hypnose de façon plus ou moins instantanée, elle n’aura aucune valeur pratique dans la plupart des cabinets ».

– Sa technique est aussi très efficace. Elle fonctionne avec un maximum de patients car elle minimise les résistances. C’est le patient lui-même qui s’induit la transe et s’autorise les premiers phénomènes hypnotiques. Un peu comme une auto-hypnose guidée, dans laquelle l’hypnopraticien reprend la main quand le patient a commencé à entrer dans la transe.

– Son troisième atout est la clarté. Il y a peu de livres sur le sujet où l’on trouve un protocole aussi détaillé en fonction du but et de la profondeur de la transe souhaitée. Il nous donne différentes options, possibilités ou réactions à choisir au cours d’une hypnose thérapeutique. Même si certains pourront reprocher un cadre trop rigide, ce livre nous propose un chemin précieux pour emmener nos patients facilement dans l’hypnose, en particulier dans le cadre de la douleur aiguë.

La méthode d’induction d’Elman

Commençons par étudier l’induction d’Elman : « Imaginez que les muscles autour des yeux sont tellement relâchés qu’ils ne peuvent plus fonctionner, que les yeux ne peuvent pas s’ouvrir. Testez-les pour être certain qu’ils ne fonctionnent pas. » Sans anamnèse ni recherche de souvenir agréable ou de lieu sûr, nous gagnons déjà un temps considérable. On peut penser qu’avec une méthode aussi directe les patients vont plus facilement développer des résistances. Il n’en est rien pour deux raisons :

– D’abord, demander à un patient chez le dentiste, par exemple, de s’imaginer dans un lieu agréable n’est pas toujours facile. Cette demande peut même provoquer une résistance.

– Ensuite parce que sa proposition, même si elle est directe, reste très permissive. Le patient à qui l’on demande d’imaginer que les muscles autour des yeux se relâchent, conserve tout son contrôle. Elman préfère qu’on ne prononce pas le mot hypnose pour ne pas l’inquiéter. C’est un exercice dans lequel « le patient développe lui-même sa transe hypnotique », pour reprendre les mots d’Erickson. Avec un patient angoissé, on peut même être plus progressif et lui proposer de fermer les yeux quelques instants avant de les rouvrir. Et puis de recommencer en les laissant fermés un peu plus longtemps. Au pire, le patient refuse de fermer les yeux mais cette demande n’augmentera pas les résistances.

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HS9-110

Psychiatre-Psychothérapeute.
Activité libérale de psychothérapie au Centre Interdisciplinaire
de Thérapie Intégrative (Rézé, 44).
Ancien Président de la Confédération Francophone d’Hypnose et de Thérapies Brèves (CFHTB).
Conférencier international, superviseur.
Rédacteur en chef de la revue « Hypnose & Thérapies brèves ».

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