L’enchantement hypnotique des métaphores. Joyce C. MILLS, Ph.D.

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« Autant que je puisse en juger, le seul but de l’existence humaine est d’allumer une lumière dans l’obscurité de l’être. »

Les métaphores sont hypnotiques de par leur simple existence. Elles pénètrent celui qui les écoute et créent un environnement de guérison au sein duquel le patient entre dans l’histoire par l’invitation du conteur. Les métaphores captivent notre attention et ouvrent les cœurs, la pensée et l’esprit pour embrasser de nouvelles possibilités de liens et de solutions. Elles n’ont pas besoin d’être expliquées. Elles doivent être vécues par celui qui les entend. Les métaphores qui suivent sont des histoires tirées d’expériences réelles. Elles ont surgi dans mon esprit à des moments bien particuliers.

Un peu comme un enfant qui cherche à attirer le regard de ses parents, elles se sont imposées pour capturer mon attention. Ce sont plus que de simples expériences. Elles m’ont offert des contes, source énergétique, sorte de vitamines de l’âme, capables d’initier un chemin de guérison inconscient pour les patients. Chaque histoire est racontée à la manière naturaliste d’Erickson. Je ne demande pas au patient de compter de dix à un. Je commence plutôt de cette façon : « Vous savez, tandis que je vous écoute, une histoire me vient à l’esprit »… et je poursuis alors…

Pépites de changement

Changer est plutôt intéressant… Cela semble survenir de façon inattendue. Je me souviens qu’après m’être installée dans l’île de Kauai (Hawaï) en 1992, mon existence était en perpétuel mouvement. Au lieu de la vie simple et tranquille que nous recherchions mon mari et moi, nous avons été accueillis par l’ouragan Iniki, la pire catastrophe naturelle à avoir touché les îles Hawaï, juste dix jours après notre arrivée. Nous pensions être arrivés au paradis et à la place nous nous trouvions au milieu de défis stressants permanents. Les années passant, j’ai ressenti que notre rêve d’une vie calme avait été mis en pièce par la réalité. Chaque fois que j’avais l’impression de pouvoir reconstituer les morceaux de ma vie, quelque chose survenait qui remettait tout en cause. Quelques mois après l’ouragan, je décidai de me rendre au centre d’animation de notre quartier. Alors que j’étais assise à une table de pique-nique, un des anciens Hawaïens ouvrit un grand bocal de ce que m’apparaissait être des bijoux multicolores et en vida le contenu dans un panier rond sur la table devant nous.

Changer sa vision du monde…

En y regardant de plus près, ces bijoux n’étaient en réalité que des babioles, de la verroterie. Cela attisa ma curiosité et je posai quelques questions à leur sujet. La tante Martha me parla d’une plage dans l’ouest de l’île appelée « la Plage de Verre ». Elle m’indiqua qu’en lieu et place de sable doré, la plage était recouverte de ce qui semblait être de petits morceaux de bijoux scintillants. Cependant, ces bijoux n’étaient en fait que des morceaux de verre brisé qui provenaient initialement de bouteilles aux formes variées jetées à la mer.

Avec le temps, ces fragments déchiquetés sont rejetés sur le rivage et transformés par la nature en pépites aux couleurs chatoyantes. Elles sont souvent utilisées pour fabriquer des bijoux, des cadres de photos, des pots de fleurs, des pare-soleil et autres ornements de tous types. Tante Martha me tendit alors l’une de ces pièces de verre et me dit de la déposer dans un lieu particulier.

Je fis ce que tante Martha me suggéra et je le mis sur une étagère près de photos d’amis et de ma famille en me disant qu’un jour j’aimerais visiter cette plage.

Le jour venu…

Ce « un jour» n’arriva en fait qu’une année plus tard, lorsque je me suis rendu compte que je me sentais toujours en pièces et fragmentée en mille morceaux dans ma propre vie. Je n’avais pas de travail régulier, mes finances s’amenuisaient rapidement, mes amis et ma famille me manquaient énormément. C’est alors que j’ai décidé de prendre du recul, du temps pour moi et d’aller visiter cette plage. Je n’avais aucune idée préconçue de ce que je pourrais apprendre. Je savais juste que j’avais besoin d’être là-bas. Alors que je marchais au bord de l’eau et que les petites vagues venaient lécher mes pieds nus, je remarquais des galets de verre scintillants, comme de jolis bijoux de couleur turquoise, émeraude, marron, pourpre et orange. Comme j’allais plus loin, je remarquais des pièces de verre plus volumineuses, de la taille d’un pouce, et je décidais d’en ramasser quelques-unes. Au bout d’une heure environ, le sac plastique que j’avais apporté était empli de ces pierres.

Voulant passer en revue mon trésor, je cherchai une crique et vidai mon sac de verre au-dessus d’une grande serviette de plage. Je pris chaque pierre une à une en notant sa forme et sa couleur. Une des pièces de verre blanc, lisse et dépolie, attira mon attention. Je décidai de l’utiliser comme d’autres pourraient utiliser un livre de référence pour trouver des réponses à une curieuse question. En la tenant dans la paume de ma main, je fermai les yeux, pris une grande inspiration, et je lui demandai mentalement de m’enseigner quelque chose que j’avais besoin de savoir en ce moment dans ma vie. Je la tournai et retournai dans ma main en attendant qu’une réponse émerge.

Le refuge après la tempête…

Dans ces moments de méditation tranquille, je réalisais que nos rêves, nos buts et nos images mentales, sont comme ce morceau de verre lisse qui était autrefois une bouteille ou un bocal. On se retrouve aussi parfois dans des eaux inconnues ; avec peut-être le sentiment d’avoir été jeté par-dessus bord. La mer peut être déchaînée, les vents violents et l’on se retrouve à naviguer dans le brouillard. Ce manque de clarté et ces bouleversements peuvent nous laisser avec le sentiment d’être brisé en mille morceaux. Avec le temps, les aspérités s’émoussent et l’on peut trouver un endroit où se mettre à l’abri et entrapercevoir une lueur au loin.

Avec ces pensées qui tournaient dans ma tête, je revoyais tous ces défis et ces traumatismes qui jalonnèrent ma vie pendant toutes ces années avant notre arrivée dans l’île. Je me rappelais comment, au début, ces difficultés semblaient insurmontables. Cependant, après réflexion, je savais au fond de moi-même que chacune de ces expériences m’avait aidée à arrondir les angles et à voir la vie avec une plus grande richesse.

Le soleil commençait à descendre pendant que je ramassais mes pierres dans la serviette. De retour à la maison, je les mis dans un bocal de verre transparent et les laissai tomber l’une après l’autre dans le bocal, encore et encore. Chaque fois que je tournais le bocal, je voyais une nouvelle image émerger. Lorsque je regarde le bocal aujourd’hui, je réalise que ce qui était des morceaux de verres brisés sont devenus les couleurs vibrantes du kaléidoscope personnel qu’est ma Vie. Eh oui, à chaque fois que je le retourne, une nouvelle image surgit.

Un ours nommé Réconfort

Une de mes meilleures amies qui vivait au loin eut un cancer et dut faire face à une intervention chirurgicale délicate. Je savais qu’elle aimait les ours. Incapable d’être auprès d’elle, l’histoire suivante me vint à l’esprit. Je la lui ai envoyée avec un petit ours en peluche pour renforcer son impression de confort.

revue hypnose & therapies breves n°10

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Hypnose et Thérapies Brèves. Leçon d’humilité…
Histoire courte, conte, légende universelle, tableau de maître, ou simple image, la métaphore existe depuis la nuit des temps et inspire notre vie quotidienne. Des livres sacrés millénaires aux publicités les plus contemporaines, elle porte un message analogique perçu à un méta-niveau de notre pensée.
Utilisation des métaphores en thérapie
«En matière de métaphore, les apparences sont tout, sauf trompeuses.»
Qu’y a-t-il entre le corps et la pensée ? Entre la matière et le sens ? Nos possibilités de concevoir tournent court, le langage lui-même s’es souffle. On dit alors : «C’est comme si » pour trouver, avec la métaphore, un symbole, une parabole.

Métaphores sur Grand Ecran : utilisation des films en thérapie narrative avec les toxicomanes
Construites ou filées, développées ou succinctes, universelles ou personnelles, les métaphores offertes ici par la Présidente de la Société Européenne d’Hypnose constituent une boîte à malice d’une portée thérapeutique et d’une inspiration exceptionnelles.

Le poète, le patient et l’hypnothérapeute
Ce travail 1 nous amène à faire un rapprochement entre le langage poétique et le langage hypnotique. Nous découvrirons les points de ressemblance, comme l’utilisation de l’imaginaire pour toucher l’émotion, le corps, l’inconscient 2. La différence se fera dans la relation à l’autre et le rôle du patient en tant que cocréateur du langage figuratif3,

Les métaphores
Définitions. La métaphore, du grecμεταφορα ‘(« metaphorá »= transport), est une figure de style fondée sur l’analogie. Un terme est substitué à un autre, issu d’un champ lexical différent, parce qu’il lui ressemble ou partage avec celui-ci une qualité essentielle.

L’heure du changement
Deux images métaphoriques me servent « d’accroche » quand les patients les remarquent dans mon cabinet de consultations.
La première est donc cette pendule que j’ai suspendue dans un endroit ni trop en vue, ni trop discret, et qui tourne dans le sens inverse des aiguilles d’une montre normale.

L’enchantement hypnotique des métaphores. Joyce C. MILLS, Ph.D.
« Autant que je puisse en juger, le seul but de l’existence humaine est d’allumer une lumière dans l’obscurité de l’être. »
Les métaphores sont hypnotiques de par leur simple existence. `

Fier d’être « un pot fêlé »
Il y a bien longtemps, un soignant m’envoya ce conte hindou. Je ne me souviens plus du nom du soignant. Ma mémoire est comme ce « pot fêlé ». Je remercie encore cette personne de cet envoi.

La métaphore, une communication intersubjective directe
« La métaphore n’est pas pour le vrai poète une figure de rhétorique, mais une image substituée qu’il place réellement devant ses yeux à la place d’une idée. » Friedrich Nietzsche

Henri le Hérisson. Céline BENHARROCH LEININGER
Tout commence pour Emma et sa maman par un début de réification : – « Cela pique comment ? – Comme un hérisson. – Quelle couleur est ce hérisson ? – Rouge !»
Puis la maman construit l’histoire de Henri le Hérisson.
Emma a 4 ans et elle vient de se faire opérer des végétations.

Création et utilisation de contes métaphoriques en hypnose
Les contes ont bercé mon enfance. Ils ont été les premiers éléments d’un imaginaire hypnotique.
Quand j’étais petite, mon frère aîné, Christian, me racontait des histoires le soir avant d’aller dormir. Au début, il s’agissait d’histoires connues, de contes classiques.

Les histoires de grand-père. Marco KLOP
Raconter des histoires permet de s’évader et de faire évader ceux qui les écoutent dans une réalité différente, une réalité imaginaire. Pour ce faire, le narrateur utilise des mots, certains précis, d’autres plus vagues.

Le nez fin. Camille ROCHE-DJEFFEL
Voici une double métaphore pour les praticiens pressés comme moi ou « comment expliquer l’hypnose médicale tout en faisant les soins ». Attention, prêt, partez !
« M. Al Ambique a un gros problème, il est très sensible des dents mais pas sensible comme tout le monde…

La réification. Yves HALFON
Les ressources de l’inconscient
Pour traiter certains troubles par l’hypnose, le patient doit prendre conscience que sa volonté consciente au monde et active ne peut rien ; par contre, après avoir fait un canevas d’analogies, le «laisser faire » l’inconscient devient indispensable.

L’énigme de la Perle Noire. Métaphore de la rencontre du « Comte de Brosseau » Ou une métaphore qui en cache une autre
Disons en entrée de jeu que les métaphores ne sont pas ma tasse de thé. Si j’en développe dans mes consultations c’est par inadvertance ou d’une façon non intentionnelle. D’ailleurs, si vous questionnez Claude Virot ou Yves Halfon sur mon langage thérapeutique, ils vous diront la même chose : « Gaston raconte à peu près n’importe quoi à ses patients. »

Marion CHERVY

Journaliste web spécialisée dans le domaine de la santé, en hypnose et thérapies brèves.

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