Hypnose chez l’enfant: Recherches scientifiques et avantages généraux.

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bioy-woodHypnose pour l’enfant douloureux

Par Antoine BIOY et Chantal WOOD

Avant de parcourir l’utilité de l’hypnose chez l’enfant douloureux, examinons avec Chantal Wood et Antoine Bioy l’état actuel de la recherche scientifique sur le sujet. L’hypnose prend pleinement sa place dans le système de soin. Elle ne la gardera que si sa pertinence est correctement évaluée.

L’hypnose est un merveilleux outil à utiliser avec un enfant. L’enfant, à partir de l’âge de 6 à 8 ans, va adhérer à l’hypnose car il vit entre son monde réel et son monde imaginaire. Il arrive à se focaliser sans peine sur sa DS, sa game-boy, ou le film qu’il regarde à la télé. Il vit même chaque scène pleinement, faisant peu de différences entre ce qu’il voit et la réalité qu’il vit.

Les études en imagerie cérébrale ont concerné les adultes et ont permis de montrer comment l’hypnose agit sur le cerveau. Différentes zones cérébrales sont activées pendant l’hypnose : le cortex cingulaire antérieur, les aires corticales occipitales et les structures cérébrales impliqués dans l’attention dont le tronc cérébral ponto-mésencéphalique, le thalamus médian, le cortex cingulaire antérieur, le lobe frontal inférieur et le lobe pariétal de l’hémisphère gauche.

L’hypnose a été largement utilisée chez les enfants ces 40 dernières années avec des indications très larges : les troubles psychologiques, troubles du comportement, problèmes d’apprentissage et de performance, ainsi que pour d’autres problèmes pédiatriques comme les affections pulmonaires, les allergies, l’urticaire, les problèmes dermatologiques variés, les maux de tête, l’énurésie, la mucoviscidose, le diabète, la dysphagie, les désordres gastro-intestinaux, les troubles des fonctions immunitaires, la douleur, le cancer, les soins palliatifs. Concernant la douleur, il existe actuellement de nombreuses études qui ont montré l’action de l’hypnose : chez les brûlés, dans la maladie de Crohn, l’arthrose juvénile, les maux de tête. Une étude de Kohen rapporte que 52 des patients qui ont répondu à l’étude, continuent à utiliser l’auto-hypnose, et avaient des céphalées moins fréquentes (44%) et moins intenses (56%). Cela souligne l’importance de cet apprentissage pendant l’enfance. Concernant les douleurs abdominales, Vlieger a montré dans une étude randomisée et contrôlée, chez 53 enfants âgées de 8 à 18 ans présentant une douleur abdominale récurrente, que 6 sessions d’hypnose permettaient une rémission clinique chez 53% des patients pendant les 3 premiers mois, et de 85% à un an (5). Les mêmes enfants ont été revus 5 ans plus tard et les 2/3 sont encore en rémission clinique. D’autres études concernent l’usage de l’hypnose dans les douleurs cancéreuses, lors des gestes iatrogènes, pour prendre en charge non seulement la douleur mais également l’anxiété.

Zeltzer et Le Baron dans une étude un peu ancienne ont comparé l’efficacité de la technique d’imaginaire focalisée sous hypnose et de la distraction dans la diminution de la douleur et de l’anxiété chez des enfants et des adolescents pendant une aspiration de moelle osseuse (AMO) et de ponctions lombaires (PL). L’efficacité de l’hypnose est supérieure à celle de la distraction dans la diminution de la douleur durant les AMO. Seule l’hypnose diminue l’anxiété. Pour les PL, seule l’hypnose diminue la douleur. L’anxiété est réduite dans une large part par l’hypnose et dans des proportions beaucoup plus modestes par d’autres techniques non hypnotiques. Ces résultats semblent bien attester de l’efficacité de la technique de l’imaginaire focalisée sous hypnose par rapport à la simple distraction.

Kuttner et coll. ont comparé l’hypnose, la distraction et la condition de contrôle pendant une AMO chez des enfants de 3 à 6 ans et de 7 à 10 ans. Les enfants les plus âgés dans le groupe « hypnose » et « distraction» montrent un niveau de réduction de la douleur et de l’anxiété de façon significative (hétéro-évaluation avec grille d’observation).


 

ANTOINE BIOY

Professeur des universités et directeur de recherches en Psychopathologie et Psychologie Médicale (Université de Bourgogne). Docteur en psychologie clinique. Attaché au CHU Bicêtre. Responsable scientifique de l’Institut Français d’Hypnose. Également responsable du DU d’Hypnothérapie (Dijon), co-responsable du DU « Hypnose en anesthésie » (Paris Sud) et du DU d’hypnose clinique et médicale (St Denis de la Réunion).

CHANTAL WOOD

Médecin pédiatre, anesthésiste-réanimateur, médecin de la douleur au centre de Prise en Charge de la Douleur Chronique du CHU de Limoges. Enseignante (DU et Capacité Douleur, DIU de Soins Palliatifs) et formatrice à l’Institut Français d’Hypnose et l’Association Française d’Hypnose. Traductrice d’Allison Twycross, Antony Moriarty et Tracy Betts. Auteur de : Prise en charge de la douleur de l’enfant : une approche multidisciplinaire, Abrégés Masson, 2002

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Marion CHERVY

Journaliste web spécialisée dans le domaine de la santé, en hypnose et thérapies brèves.

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